Out There (Mi-Clos Studio ; 2014)

Terres Unes

2124071-169_out_there_space_adventure_reveal_ot_pc_121412

Porté par l’incroyable histoire de ses deux développeurs, qui lui aura sans doute octroyé une partie de son joli succès, Out There ressemble de prime abord à un clone moins riche du saint-graal des rogues like, FTL: Faster Than Light. Ce qui n’est pas complètement faux puisque le titre de Mi-Clos Studio reprend bon nombre de concepts du fameux jeu de 2012, en les adaptant au projet narratif ambitieux de ses créateurs. En un sens, Out There s’engage dans une démarche de game-design peu ou prou similaire mais à la finalité assez radicalement différente : Là où le jeu de Subset Games cherchait une immersion de l’espace, le vrai, assez viscérale et terre-à-terre, entrecoupée de brefs moments d’accalmie, celui de Mi-Clos Studio semble plus axé sur des effleurements sonores et visuels doux ainsi qu’une lente plongée au coeur des étoiles. Chaque voyage, unique, semble inexorablement se terminer par un Game Over muet de toute accusation quant au talent du joueur, mais qui l’incite, par un simple écran faisant état des découvertes entreprises et des possibilités employées, à ressusciter le « space-traveller » endormi pour retrouver, une fois de plus, le chemin de la Terre. Ce qui était un simple rogue-like efficace se transforme, au fil des planètes visitées, des technologies aliens découvertes, des voyages écourtés par un manque d’oxygène, en une belle expérience sensorielle et presque métaphysique.

out-there-divers-ME3050112033_2

Le principe d’Out There est simple: Vous vous réveillez, seul, dans un vaisseau pourvu d’un peu de carburant et d’oxygène, au beau milieu de nulle part. Votre but est de retrouver une trace de civilisation et, si possible, de rentrer sur Terre. A partir de là, le système de jeu ne va pas chercher bien loin: Vous devez récolter divers composants sur les planètes, lunes, stations, vaisseaux et étoiles visitées, à commencer par de l’oxygène, nécessaire pour survivre à chaque trajet entre deux points de la galaxie, et du carburant, sans quoi votre vaisseau demeurera immobile. Tout en sachant que vous ne pourrez récolter et voyager dans l’univers sans le bon équipement, et qu’il vous faudra trouver certains matériaux pour fabriquer des dispositifs vous permettant d’explorer les recoins les plus dangereux des divers systèmes à portée. Il faudra donc prendre des décisions drastiques: Quel matériaux me faut-il garder ? Dois-je d’abord penser à ma survie immédiate ou voir sur le long terme ce qui pourrait m’être utile ? Vais-je tenter de passer ce trou noir et ou vais-je coller à l’itinéraire que je m’étais fixé ? Autant de questions qui, une fois l’heure du choix venue, ne paraîtront pas si simples. Ajoutez à cela le fait que chaque déplacement dans l’environnement galactique engendre un événement aléatoire écrit à la manière d’un journal de bord qui pose la joueur face à un choix, voire plusieurs, et le constat qui s’impose n’est pas très réjouissant. La survie dans l’espace se fera à la dure ou ne se fera pas. Évidemment, ça ne manque pas dès les premières parties : On meurt souvent rapidement, parfois à cause d’un événement tragique anéantissant tout espoir de poursuivre le voyage et de survivre, parfois à cause de ressources qui viennent à manquer bêtement. Mais malgré tout, on continue, parce que le récit intrigue avec ses notes parfois nébuleuses, son univers mystérieux et son habillage sonore envoûtant. Pour peu, Out There ressemblerait presque à une aventure textuelle fascinante que l’on lit, un soir de pleine lune, le casque sur les oreilles. Mais de part son caractère encourageant les choix du joueur et leurs conséquences, Out There déploie une immersion bien plus vaste, en ouvrant humblement la voie à un champ de réflexion métaphysique, élément si cher au genre de la science-fiction. Sans les dévoiler un à un, ce qui gâcherait en grande partie le plaisir, les évènements de l’univers imaginé par FibreTigre, l’un des deux créateurs du jeu, ne laissent guère place au doute: Une carlingue de vaisseau perforée par un étrange organisme par là, des anomalies physiques étranges par ci, un héros qui entend des voix dans sa tête, un sentiment de perte et de nager dans le vide toujours plus présent. Les références sont claires, de Lovecraft à K.Dick, et en sa qualité de « petit jeu », Out There n’intellectualise nullement son sujet, ça, il laisse au joueur le soin de le faire.

out-there-divers-ME3050112034_2

Out There a cette immense qualité d’exister avant tout par et avec le joueur, en fonction de ses choix et de son imagination. Durant un essai, on saute dans un trou noir et se retrouve face à une de ces « immensités cosmiques » tandis que lors d’une autre aventure, on pilote un vaisseau sphérique végétal à la recherche de nouvelles civilisations. La tournure que prend le jeu dépendra fortement de l’état d’esprit du joueur, encouragé par de nombreux signaux visuels et musicaux qui stimulent les sens. Après un long périple, graviter autour d’une Naine blanche accompagné par la composition psychédélique de Siddartha Barhoorn (Antichamber, The Stanley Parable) a quelque chose d’apaisant. Alors, le joueur pose la tablette sur ses genoux et ferme les yeux pour se laisser porter par la musique. Et si c’était ça le but du voyage ? Cette perspective mentale d’un amas d’étoiles chatoyantes. Inconsciemment peut-être, on éteint les moteurs et l’on branche la cryostase du vaisseau pour quitter le jeu, pleins de souvenirs en tête. Durant une énième partie, le sentiment est tout autre. Après avoir vu défiler cent fois des étoiles qui se ressemblent toutes, on n’arrive à destination, au risque d’avoir provoqué la perte de notre personnage, entité d’argile se façonnant à l’image de nos choix. Vient alors le retour au menu principal, où apparaît la tête de notre protagoniste, sur un fond étoilé. Une face morne et inexpressive qui semble avoir été figée par quelque chose d’indescriptible. Recommencer le jeu, c’est souffrir les premières heures, parfois minutes, de voyage difficiles pour finalement débuter une nouvelle aventure à l’issue toujours inconnue. Recommencer Out There, c’est tenter une nouvelle fois l’espace et ses perspectives infinies.

Après moult tranches de galaxies explorées, de récifs nébuleux effleurés des yeux, de formes de vies étranges rencontrées, une certaine répétitivité vient gratter l’esprit de voyageur qui fait tout le charme du jeu. Alors on abandonne notre astronaute muet à son destin, quelque part entre deux trous de ver, l’impression d’avoir ressenti quelques brides de l’extase spatiale, parfois plus, parfois moins. Out There, titre parfait pour définir l’expérience, n’arrive pas avec de gros sabots ni des arguments chocs mais propose quelque chose d’assez singulier et fort pour que l’on s’y intéresse de plus près. Si l’expérience ne sera pas du tout la même en fonction de la personne, c’est bien là tout son intérêt:

Comme un astronaute, on emporte dans la grande fusée nos rêves et nos espoirs, et au réveil, l’espace a transformé quelque chose en nous.

Publicités

7 réponses à “Out There (Mi-Clos Studio ; 2014)

  1. Excellent papier !

    Personnellement, je suis impatient que la version PC sorte. J’ai un iPhone, mais mon écran me semble trop petit pour profiter au mieux de l’expérience du jeu. Donc j’attend beaucoup l’annonce de la date de sortie de sur PC, qui devrait être annoncé à la gamescom.

    J'aime

    • Si tu dis « excellent » c’est que ça doit être un peu mieux que d’habitude, non ?^^’

      Sinon, moi aussi j’attends la version PC Oméga, même si je pense peu y jouer vu toutes les heures de jeux que j’ai déjà sur ma version tablette.

      J'aime

      • Arrêtes ta paranoïa sale hobbit, c’est très bien comme d’hab’ :3

        Par contre, j’espère que le prix ne sera pas trop excessif sur PC, surtout si il n’y a que quelques ajouts par rapport à la version mobile.

        J'aime

        • Je suis très soucieux quant à la qualité de mes papiers, même si ça peut paraître un peu maladif :S

          De ce que j’ai vu, les ajouts sont quand même conséquents, quelque chose comme 50 nouvelles planètes, 20 nouvelles musiques, plusieurs nouvelles fins et des nouvelles technologies, etc.

          J'aime

  2. Deux questions ; j’ai la possibilité de m’acheter une tablette pour pas cher (rien à fiche des tablettes, mais je veux jouer à ce jeu !!!), et j’y connais rien en tablette, donc je sais pas quel modèle c’est, mais est-ce que ça devrait passer ou alors il vaut mieux que j’essaye d’en savoir plus sur le modèle ?

    Est-ce qu’il y a d’autres jeux qui valent le coup sur tablette (pour de vrai je veux dire, pas des trucs populaires) ?

    J'aime

    • Si tu pouvais me dire quel modèle c’est, ce serait bien. Du reste je ne saurais pas trop de te dire, personnellement j’avais une tablette pas très puissante mais parfaite pour regarder des films ou jouer à des jeux peu gourmands comme Out There. Après, celle que j’ai est particulièrement cheap et elle rame même sur des jeux comme Rayman Fiesta Run donc je te conseillerais de prendre une tablette ayant un minimum de puissance. Comme une Kobo.

      Pour ce qui est des jeux, je ne saurais pas vraiment te dire. Je ne joue pratiquement pas sur tablette donc à part les Rayman Jungle Run et Fiesta Run qui sont sympas et plutôt longs ainsi que Out There, qui est d’une ambition rare pour un projet mobile/tablette, je ne vois pas. Il paraît que Terra Battle, le jeu du studio de Sakaguchi est très bien mais je n’y ai pas encore joué.

      Par contre, je te conseillerais d’attendre la version Oméga de Out There à venir bientôt, elle aura plus de contenu, de musique, d’illustrations, de vaisseaux, d’histoires et de fins. Je ne connais pas encore la date de sortie mais vu la qualité de Out There, ça sera la version la plus complète^^.
      Je crois que tu l’as gratos si tu as déjà acheté Out There mais il faudrait vérifier.

      J'aime

  3. Pingback: Top Ten de l’année vidéoludique 2014 | A FILM NOIR BLOG STORY·

Insultes, commentaires constructifs ou pas, tout ça ci-dessous

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s