Transformers: L’âge de l’extinction (Michael Bay ; 2014)

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Optimus est fatigué, Michael Bay se fait las.

C’est le flagrant constat qui s’impose au terme de deux heures et demie d’un carnage métallique explosif et rageur. Transformers 4 – son nom officieux – suinte la lassitude de son auteur envers son propre bébé, sans doute nostalgique d’une époque où les Transformers n’étaient pas que des robots destinés à tout faire péter. Alors même que la saga semble repartir de plus belle, et qu’elle commence tout doucement à se relever pour corriger ses problèmes: de rythme, de narration et d’écriture; L’âge de l’extinction ressemble à s’y méprendre à un baroud d’honneur de ses âmes robotiques, diminuées, pourchassées et fatiguées de se battre pour des humains qui n’en valent visiblement pas la peine.

C’est une surprenante révolution qui s’opère chez Michael Bay depuis l’excellent Pain&Gain, qui, il faut le rappeler, était financé par la Paramount en l’échange du retour du cinéaste sur Transformers 4. Une révolution culturelle, spirituelle, appelez ça comme vous voulez mais les faits sont là, la fin du film laissait entrevoir un message clair: Michael Bay allait continuer à foncer comme il l’entend car tel est son crédo. En un sens, Transformers: l’âge de l’extinction confirme et infirme cette direction prise par Bay. Retour au film à très gros budget oblige, le réalisateur de Bad Boys II ne dispose pas de la même liberté, et ceux même si son influence se fait plus ressentir sur pas mal de points.

En délaissant l’hystérique Sam Witwicky (Shia Labeouf) et sa petite copine Carly pour un père texan robuste, Cade Yeager (Mark Walhberg taillé pour le rôle) et sa fille Tessa (Nicola Peltz, transparente), la narration abandonne un fardeau horripilant au profit d’un autre groupe de personnages, certes toujours aussi mal écrits et idiots mais plus crédibles et vivants. C’est dû principalement à une tonalité clairement plus sombre, avec moins d’humour gras, mais qui retombe rapidement dans ses travers dès lors qu’il est question de construire les personnages. Ça été dit et redit, Transformers 4 montre une amélioration notable en ce qui concerne le rythme et les personnages, à défaut de les rendre intéressants. Ici, il sera essentiellement question de tout ce qui gravite autour des Transformers eux-mêmes, puisqu’ils sont bel et bien l’élément le plus important du film, envers et contre tout. Car derrière cette suite camouflée en faux reboot, se débat continuellement une tranche de film cherchant à préserver le feu sacré des Transformers, que leur réalisateur semble enfin avoir capté, au moins en partie.

TRANSFORMERS: AGE OF EXTINCTION

Fini de jouer semble t-il. Les Transformers seraient-ils devenus plus que de simples jouets pour Michael Bay ?
C’est en tout cas ce qui pointe dès la première partie du film, qui commence à développer les différents Transformers, de manière toujours aussi bancale mais avec une affection qui transparaît au delà du cadre. Réduits à une demi-douzaine d’individus, disposant tous d’un formidable design, les Autobots se voient chacun dotés d’un caractère iconique et crédible, de plus en plus humain, à l’image de Drift, robot samouraï japonais parlant en métaphores et avec un accent délectable, ou de bien Hound, vieux mastodonte guerrier barbu et fumant un cigare électrique. Les antagonistes ne bénéficient pas du même traitement de faveur, avec deux vilains trop vite éclipsés: Lockdown, un Transformers mercenaire charismatique mais dont les motivations demeureront obscures jusqu’au bout, et Galvatron, sorte de réincarnation de Megatron, qui doit tenir en tout et pour tout dix minutes de pellicules, son personnage étant sûrement réservé au prochain film déjà prévu pour 2016.
Finalement, c’est un Optimus Prime harassé et affaibli qui hérite du plus gros morceau d’écriture côté Transformers. Et c’est probablement le plus intéressant de l’ensemble, car il contient tout ce qu’il subsiste de discours dans le film et se fait, d’une certaine manière, l’avatar de Michael Bay en personne.

TRANSFORMERS: AGE OF EXTINCTION

En bon scénario de film hollywoodien, celui de Transformers : l’âge de l’extinction répond avant tout et quasi-uniquement à des besoins marketings: Un récit inutilement centré sur les humains, téléporté à Hong-Kong dans sa seconde partie pour attirer un nouveau marché, avec d’immondes placements de produits, qui parviennent notamment à ruiner l’un des moments de bravoure du film et une écriture poussive quoique pas inintéressante. Pourtant, la patte du Bay de Pain&Gain se fait ressentir à plusieurs instants, quand Transformers 4 commence à user de ses robots pour signifier quelque chose. À travers un double récit qui voit d’un côté Optimus être enchaîné par ses créateurs, soucieux de reprendre leur contrôle sur les Prime, et de l’autre les Autobots être chassés pour leur métal, le « Transformium », afin d’être dupliqués, Michael Bay semble chercher à dire quelque chose. Les clones fabriqués par le procédé de duplication des Transformers se muent en une volée de molécules cubiques se modulant à souhait, comme une masse informe issue de l’intelligence artificielle d’un ordinateur qui contrôlerait le tout. Dès lors, où se trouve la poésie de la transformation extraordinaire de ces grands robots en véhicules ? Pendant ce temps, on enchaîne les quelques Transformers encore libres, pour en prendre un contrôle total. Serait-ce la question du libre-arbitre des robots et leur statut de machine ? Rien n’est moins sûr, reste que cela y fait furieusement penser, parce qu’en circonvolution multiples qui se déploient au fur du récit , une question apparaît: « Les Autobots ne sont-ils que ça ? Des machines de guerre divertissant un public qui en demande toujours plus et qui finissent par inévitablement rouiller, en venant à abandonner l’idée de défendre les humains pour n’aspirer qu’à la paix ? Les Autobots en auraient-ils marre ? »

Un sentiment de lassitude qui transparaît plus encore lorsque le spectacle à 210 millions de dollars pointe le bout de son nez. Bay, avec sa finesse d’éléphant dans un magasin de porcelaine, ne filme plus tant un enchaînement de money-shots très travaillés et uniques, qu’une faste et chaotique désintégration du décor. Ce qui était auparavant une série de scènes d’actions construites pour êtres les plus épiques et jouissives possibles devient ici quelque chose d’un peu différent. Comme si ces batailles robotiques prenaient du sens et servaient un plus noble dessein qu’une simple montée en puissance progressive bâtie pour faire bander le geek sautillant sur son fauteuil. Par instants, Transformers: l’âge de l’extinction acquiert un souffle épique certain, mais trop disparate au milieu de sous-intrigues humaines envahissantes, impression renforcée par un montage brutal et agaçant. Attention, les scènes d’actions conservent toujours ce parfum de grandiloquences, comme si Bay avait du mal à s’arrêter, et pourtant, le sentiment n’est plus le même. Les explosions pullulent, les flammes ravagent, les obus pleuvent, Autobots et Decepticons se battent avec fureur, mais au final, peu de séquences marquent la mémoire. La 3D n’appuye plus aussi bien le cadre de Bay dans l’action tandis que la créativité de cette dernière semble s’effacer au profit d’une redite dont le réalisateur ne sort quasiment jamais. Par contre, tout semble chuter dans un fracas mécanique infernal, à l’image de l’arrivé de Lockdown face à Optimus, vision d’un ange de la mort, ou de l’affrontement entre un Dinobot ptéranodon, Bumblebee et un Decepticon, où le montage sonore éclipse, l’espace de quelques secondes, tout autre son pour se focaliser sur la brisure du verre.

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En point d’orgue, chaque arrivée d’Optimus Prime sur le champ de bataille provoque une joie galvanisante qui se voit constamment réfrénée par un brutal retour à la réalité : Optimus n’est plus si vivace et si fort, il est fatigué. Quand Cade Yeager vient récupérer du matériel délabré dans un cinéma à l’abandon, où même les caméras IMAX sont devenues des antiquités, il découvre le tout premier camion de la série Transformers originale, troué et poussiéreux. Le personnage, méchanicien hors-pair, vient, une fois encore, redonner le coup d’électrochoc à Optimus, chevalier aigri et rouillé. Comme pour ressusciter une vieille icône, qui ne peut que revenir à chaque fois tant elle est ancrée dans l’imaginaire du spectateur. A côté de cela, dans cette même scène du vieux cinéma, l’ancien propriétaire balance sur un ton désabusé: « De toute façon, les films aujourd’hui, ce ne sont que des suites ou des remakes… » Bay se moquerait t-il doucement d’un processus commercial auquel il a plus ou moins volontairement participé ? Difficile à dire, mais il semble presque désavouer son produit, alors que dans un même temps, il le façonne comme s’il voulait en faire un exemple pour les autres. Un exemple complètement bipolaire à chaque strate de l’écriture et de la mise en scène, alternant de rares instants de grâce – le réveil des Dinobot – et une exploitation commerciale omniprésente et vomitive.

Alors lorsqu’apparaissent sur le flanc de la montagne, les Dinobots courant vers la guerre avec pour leader un robot-chevalier et partant à la guerre à dos de dinosaure, le spectacle explosif se mue en une brève vision titanesque, presque lyrique.

Celle d’un héroïsme d’un autre temps au service d’une cause que plus personne ne semble défendre, celle de la liberté.

Alors de quoi retourne t-il vraiment ? Sont-ce juste les élucubrations d’un esprit voyant doucement s’effriter un beau souvenir d’enfance ? Une chose est sûre, il y a l’ombre d’un changement dans la saga Transformers, pour le meilleur et pour le pire. Il faut toutefois admettre que cette nouvelle aventure d’Optimus Prime et de ses Autobots acquiert, le temps de quelques scènes, une impressionnante noirceur; quand, par exemple, un des personnages humains meurt, dans un enfer de flammes, et se fige de manière semblable à une statue de cendre de Pompéi; vision saisissante dans un blockbuster qu’on aurait cru plus niais, mais immédiatement contrebalancée par la masturbation habituelle de la caméra de Bay sur une Lamborgini. Retour à la réalité.

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Pour la première fois dans un film Transformers, le Spark, coeur mécanique des robots, n’abrite plus seulement l’énergie vitale des Transformers mais aussi « leurs souvenirs, leur âme », dit Optimus, aigri et poussiéreux.
Signe que Michael Bay est sans doute lassé de toutes ces batailles.
Peut-être qu’une prise de conscience plus palpable vient de s’opérer, comme le souligne un final qui voit le chevalier Prime s’envoler vers les étoiles dans un élan, sans doute vain, de rébellion à l’égard de ses « créateurs ». 
Comme une trouée d’héroïsme vaguement nostalgique dans une oeuvre viciée par le cynisme et l’irrespect, une porte sur l’espoir, qui se referme un peu plus, à chaque fois.

Il serait temps pour les Transformers de quitter cette terre.

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24 réponses à “Transformers: L’âge de l’extinction (Michael Bay ; 2014)

  1. Donc ce que tu dis, c’est qu’il est grand temps que la série des Transformers s’arrête mais que paradoxalement le film est intéressant car Bay réalise un film à l’essoufflement quasi volontaire pour montrer qu’il n’y a plus rien à exploiter ?

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  2. Je me suis arrêté au 2, je ne comptais pas aller voir cet épisode mais après lecture de ta critique je vais finalement … éviter d’y aller.

    Merci pour cette critique 😉

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  5. Avec un peu de recul sur le film, je suis assez d’accord, on sent l’essoufflement; à l’image d’Optimus, la saga prend un coup de vieux.
    Mais, au risque de radoter : c’est du M;Bay et c’est du Transformers, il faut habiter au fond d’une grotte pour ne pas savoir à quoi s’attendre, en somme, on est averti de ce que l’on va voir, et on est en quelque sorte pas dépaysé.

    J’ai aussi trouvé que les ennemis manquaient cruellement de charisme : ces clones sans pièces de voitures et à la transformations volatile n’ont aucun charme, on est loin du tank et du camion militaire du 1er opus.

    je n’ai pas encore vu No Pain No Gain, mais cela ne va pas tarder : tout le monde en fait l’éloge.

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    • J’aime beaucoup le design de Lockdown, le méchant principal mais Galvatron manque cruellement de charisme et son personnage est quasi invisible, ce qui pose un peu problème.

      Les clones sont en effet, peu inspirés, et leur transformation fait pour moi un peu partie du discours sous-jacent du film:
      Des copies sans saveurs, où toute la poésie de la transformation disparaît au profit d’un tas de molécules modulables.

      Et je le répète, je savais ce que j’allais voir, et j’ai été quelque peu étonné sur certains points.

      J’ai vu Pain&Gain il n’y a pas longtemps mais je n’en ai pas fait de critique car Nico Gili de Filmosphère, que je connais un peu, avait déjà résumé ma pensée. Inutile de se répéter.

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      • Lockdown est à part avec son fusil bien badass ^^
        Pour les clones c’est vrai que ça sert l’intrigue.

        Je m’excuse pour ma répétition, je n’avait pas encore lu ton commentaire, mais je l’adresse surtout aux critiques « pro » qui doivent certainement écrire à l’heure qu’il est « M.Bay nous livre un blockbuster sans âme et sans saveur qui pête de partout »

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  6. Merci pour ton commentaire sur mon blog et pour m’avoir lu. Certaines similitudes de nos analyses sont frappantes.

    Je reste néanmoins sur ma position que l’élément essentiel qui fait défaut aux Transformers aujourd’hui est le manque de magie, de découverte, de nouveauté, qui habitaient avec force le premier opus, et dans une certaine mesure le second. Ces aspects ont à présent disparu, pour ne laisser au final qu’un film d’action produit et réalisé par des sales gamins milliardaires (Spielberg, Bay) pour des spectateurs cherchant uniquement un divertissement total. Soyons honnêtes : le traitement que Bay fait de Bumblebee dans Age Of Extinction est désolant, alors que ce petit bonhomme jaune avait un côté si attachant jusqu’à maintenant (il suffit d’écouter la musique que Jablonski compose pour la scène de la capture dans le premier film (Bumblebee Captured)- émouvante au possible).

    Bay fatigué ? Peut-être. A mon sens, la saga Transformers s’est définitivement arrêtée avec le troisième épisode. Age of Extinction et TF5 & 6 sont et seront (a priori), des films d’actions absolument énormes, mais sans plus. Bay utilise à présent cette franchise pour repousser les limites de l’action, jusqu’à ce qu’il retrouve un projet unique qui le fasse vibrer.

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    • Bumblebee est reste assez attachant dans cet opus. Je pense sincèrement que Bay a juste besoin d’une chose, se détacher des intrigues terrestres et faire son grand film Transformers dans l’espace.

      Les grands studio ont sans doute peur du résultat, à tord, car le grand public serait assez réceptif à un film sans humain je pense.

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      • Je m’interroge cependant sur l’essence même des Transformers à savoir la transformation en véhicule. Si le film se déplace intégralement dans l’espace, qu’adviendra-t-il de ces transformations (dont l’aspect visuel les relie à nous, au travers des camions et voitures que nous connaissons) ? Elles n’auront plus lieu d’être… Autobots contre Decepticons, sur Cybertron, sans intervention humaine ? N’est-ce pas dénaturer ce qui est à l’origine de l’histoire ?

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    • La musique de Jablonsky était en effet très belle.
      J’en profite pour dire que la scène où Bumblebee est sur le point d’être exécuté dans le 3 est poignante. Le plan sur son visage est fort.

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