Albert à l’Ouest (Seth McFarlane ; 2014)

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Un nounours en peluche qui fume des joints et qui devient l’élément central d’une sorte de conte débridé et hilarant sur le passage à l’âge adulte, voilà un peu à quoi correspondait Ted, précédent film du pas si jeune Seth McFarlane. Avant cela, le bougre était connu pour des séries comme Family Guy outre Atlantique et plus pour son son très sympathique American Dad de par chez nous. À première vue, Albert a l’Ouest (Titre français bêtement adapté là où l’original correspondait bien au propos du film) ressemble à une de ces comédies US bien grasses, et c’est absolument vrai, le film poussant d’ailleurs bien trop loin les excès vulgaires qui sont devenus une vilaine habitude chez McFarlane. Sauf que, une peu comme avec Ted, il faut gratter en-dessous pour y trouver le vrai coeur du film: Une sorte de récit autobiographique, parfois drôle parfois pas, de son réalisateur, qui tient ici le rôle central, un voyageur coincé dans un temps aujourd’hui révolu et qui ne semble pas fait pour son époque.

Le héros, Albert Stark, est un personnage purement anachronique: Peureux, lâche, maladroit et avertis des milles dangers de l’ouest sauvage comme le serait un historien scientifique, Albert n’a rien pour lui en ces temps d’aventure et de fusillades au saloon si ce n’est sa science et une petite-amie qui le quitte dès les premières minutes de l’intrigue pour un barbier aristocrate (Neil Patrick Harris, en roue libre comme à son habitude). Amusant avec sa tête de garçon gentillet qui ne manque pourtant pas d’envoyer des vannes salaces à tout va, Seth McFarlane campe parfaitement son personnage, et construit son récit sur des motifs classiques du western spaghetti et du film d’aventure: Un protagoniste devant prouver son courage, un ennemi dans un premier temps inatteignable qui met le héros au pied du mur et une romance se façonnant de manière insoupçonnée dans l’adversité.

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La réalisation du bonhomme trouvant écho à cela, il reproduit les codes de narration du genre (L’ouverture avec des plans de la Sierra Leone, la typographie, les cadrages) ce qui donne naissance à un film au rythme bâtard, a mi-chemin entre la comédie moderne et les vieux western à la Trinita. Le film se veut donc plutôt lent, écopant de longueurs évidentes surtout utilisées pour la mise en place d’un récit qui tend progressivement vers un anachronisme parodique assez drôle et attachant dans ce qu’il cherche a souligner.

En effet, Albert semble peu à peu contaminer son univers et la narration qui en découle en y insérant des éléments qui semblent sortir d’une autre dimension: Cela donne naissance à des gags succulents et pas dénués d’intelligence à l’image du meurtre, provoqué par le héros, du tout lisse cowboy Ryan Reynolds par un féroce et caverneux hors-la-loi, ou bien de l’apparition furtive de Doc. Brown, caméo jouissif. De nombreuses incursions anachroniques voire surréalistes viennent ponctuer le récit, et elles ont a chaque fois un lien avec le héros, soit parce qu’il les provoque, soit parce qu’il en est le seul témoin. Et peu à peu, l’histoire se transforme en un trip halluciné, comme lors des scènes de danse et de sexe, toutes deux centrées sur la moustache (Manière indirecte de tacler cette mode contemporaine estampillée hipster, le héros étant imberbe), et avec comme point d’orgue une séquence sous drogue qui vient clore le parcours iniatique du héros. Impossible de ne pas penser au fameux passage du Cyclope de l’Odyssée d’Ulysse lorsqu’Albert fuit le vilain, un bandit joué par Liam Neeson, en se cachant parmis ses moutons. Et même si il clôt son récit de façon classique avec un happy-ending héroïque, par respect pour les westerns qu’il parodie et non sans inclure un final guest réjouissant, Seth McFarlane construit son film d’une telle manière qu’on peut y voir une autobiographie, maladroite mais attachante.

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Albert est à l’image de son créateur: Un homme en dehors de son temps, aux références d’une autre époque et qui créé l’incompréhension chez les autres. C’est touchant mais pas dénué d’une certaine forme de fatalité. Le contre de McFarlane à ce constat réside dans des brides d’humour intelligent et d’astuces de mise en scène malines qu’il noie malheureusement sous des tonnes de vannes faciles et potaches, dont le public semble être si friand. Ce qui ne l’empêche pas de parodier discrètement les codes du Far-west et parfois même d’aujourd’hui; on retrouve beaucoup de ces éléments dans le film sous une forme métaphoriquement pachydermique: le culte de la moustache, la prostituée salace mais fiancée et catholique, les règles absurdes des bandits, les indiens presque hippies, les photographies où personne ne sourit, etc.

Soit autant d’éléments aussi drôles que cohérents dans un récit parodique et anachronique finalement pas si bête que cela, le tout soutenu par une brochette d’acteurs de qualité, a l’exception d’une Charlize Theron parfois hermétique (le doublage FR n’aidant pas), et par une B.O faisant largement le boulot. Good job, Mister McFarlane.

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Malgré un humour franchement moyennement drôle, un rythme en dent de scie et un récit pas optimal, Albert à l’Ouest demeure attachant et amusant. À force de cabotiner dans son coin, le film finit par briller, au moins le temps de quelques séquences et s’avère formellement réussi avec quelques gags à mourir de rire comme ce moment d’incrédulité lors de la découverte du jeu de Foire »Tirez sur les esclaves en fuite. »
S’il ne s’exécute pas avec grande finesse, McFarlane développe de façon sous-jacente cette idée poétique qu’Albert n’est qu’un de ces énièmes voyageurs du temps, coincés entre deux époques, cherchant désespérément à revenir à la terre promise et qui, comme par fatalisme, finissent par accepter leur destin.

Comme c’est beau.

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13 réponses à “Albert à l’Ouest (Seth McFarlane ; 2014)

  1. Je pense que comme Koala, l’humour bien gras sans finesse m’empêchera de prendre du plaisir à le voir.

    Pour Ted, ça ne m’avait pas gêné par contre. Parce que bon, un nounours qui picole de la bière = CERVEAU OFF :3
    Même si, il y avait un petit côté touchant et enfantin pas dégueulasse dans Ted.

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  2. Intéressante cette analyse, tu y soulèves des points que j’avais notés, d’autres qui m’étaient plus invisibles. Enfin bref, ça change un chouïa mon regard sur ce film (assez peu mais un chouïa quand même). Comme quoi, multiplier les avis est une bonne chose. 🙂

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    • Merci, j’ai voulu offrir un peu l’avis divergent par rapport à tout ce qu’on a pu entendre à propos du film.
      Un chouïa d’avis c’est déjà bien, je ferais mieux la prochaine fois.

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  3. Critique très plaisante à lire, encore une jolie découverte. Je n’avais pas été à ce point dans l’analyse du film (je l’ai vu comme un vrai divertissement, très sympa), mais ça prend tout son sens après avoir lu ton point de vue ! En tout cas, c’est à mon sens nettement mieux que Ted.

    Aimé par 1 personne

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