Albator, corsaire de l’espace (Shinki Arakami ; 2013)

 

Si la bande annonce pouvait laisser présager quelque chose de fade, tant au niveau de l’écriture que de l’animation en elle-même, Albator version 2013 est à des lieux de ce constat bêtement sentencieux. Sorte de pont entre la symbolique légendaire d’un The Dark Knight Rises et le mythe de la série dont il s’inspire, tout deux avec qui il entretient un dialogue constant, le nouveau film de Shinji Aramaki s’impose comme un exercice de style de très haut-niveau et un film étape, pas tant dans sa technique que dans son discours.

Un spectacle certes rattrapé par ses penchants typiquement japonais poussant un peu loin certains excès, mais immense dans son propos qui le positionne comme un passage de flambeau vers la nouvelle génération qu’il profile au terme de son final émouvant.

Let’s go for our last journey, shall we ?

Albator, corsaire de l’espace est la renaissance d’un mythe éteint, il y a maintenant plus de 10 ans, avec Captain Harlock: The Endless Odyssey. Sous la coupe de Shinji Aramaki, l’homme derrière les deux films Appleseed et accessoirement le mecha-designer de bons nombres de films d’animation depuis les années 80, et avec l’énorme soutien de la Toei (Plus de 30 millions de dollars de budget, leur plus gros à ce jour), le nouveau film d’animation Captain Harlock a la lourde  tâche de s’imposer sur la scène de l’animation 3D et surtout de s’imposer face à ses aînés, de se rendre digne de cet héritage immense qui est le sien.

Car derrière le spectacle visuel grandiose que constitue cet Albator nouvelle génération, se cache un dessein plus humble: C’est une déclaration d’amour flamboyante à la mythologie Harlock qui n’oublie pas d’avoir un vrai message sous-jacent et surtout une vraie proposition de cinéma d’animation dans ce que le genre à de plus noble.

Le traitement visuel dans Albator 3D, se rapproche en quelque sorte de ce que l’on pouvait obtenir avec un Final Fantasy VII: Advent Children, à la différence près que le film de Shinji Aramaki s’impose une limite de photoréalisme pour conserver l’essence même de son identité visuelle: Des CGI somptueuses, remplies de nuances de couleurs, de grain et de textures photoréalistes mais conservant ce trait « manga »dans le design général rendant les personnages, et c’est assez rare pour être noté, expressifs. Excepté quelques gimmicks humains encore trop peu naturels, on est ici face à des personnages prenant vie, à peine entravés par des animations parfois un peu raides.

Les divers décors, personnages et autre engins rencontrés bénéficient tous de ce soin du détail, pas forcément exhortés par le cadrage, mais dont l’unité et la variété forçent le respect. L’univers entier d’Albator est bourré de ces détails insignifiants sur le moment mais dont l’utilité et surtout la cohérence prennent leur sens sur la longueur. Tout cela s’inscrivant dans la logique d’un récit ample qui prend rapidement des allures de grande odysée spatiale, se voulant extrêmement dense, et ceux malgré une temporalité limitée. L’histoire n’est pas faussement compliquée, car elle n’a pas besoin de l’être pour transmettre le discours qui est le sien, mais elle s’orchestre de façon assez paradoxale. Si l’intrigue générale est parfois franchement bordélique, à limite du compréhensible avec des twists à n’en plus finir, qui font ressentir à quel point le film est pensé à la fois comme un « film-live »(Découpage et rythme) mais aussi comme un véritable anime bien japonais, en témoigne les DEUX armes ultimes de la confrérie Gaïa ainsi que les retournements de vestes incessants de son héros Yama; le film n’oublie jamais quel est son sujet et chacune des scènes transpire cette sincérité et cette honnêté du message de liberté et de révolution que porte la saga Harlock. Discours nullement original ni novateur, mais porté par des personnages qui y croient à chaque instants comme ils croient en leur capitaine, symbole de cet rébellion contre l’allégorie futuriste classique d’un gouvernement qui manipule le peuple par des illusions et des mots.

L’Ascension du chevalier noir

Les personnages dans Albator, corsaire de l’espace sont passionnés, brûlant d’accomplir leurs idéaux respectifs ou communs, dans un tourbillon d’émotion puissante et livrée sans retenue. C’est dans ses moments forts que le film montre certaines de ses faiblesses, comme une exhortation aux sentiments parfois à la limite de la fausse note ou encore ses justifications scénaristiques cohérentes (L’histoire fratricide qui oppose Yama et Esra) mais d’un classicisme japonais immédiatemment reconnaissable par ses excès théâtrals ou lyriques. En témoigne cette scène de la douche zéro-G de Yuki, assez à part, durant laquelle cette dernière vole dans une sorte de bulle que l’on croirait figée dans le temps et l’espace, représentative de la volonté absolument pure d’Albator 2013 de renouer avec la poésie de la série originale. Volonté brillamment exécutée, car si le film conserve globalement un ton bien plus sombre et guerrier que la série originale, il parvient à insuffler suffisamment de poésie, de lyrisme et d’émotions fortes, à travers Mimey et quelques autres incursions poétiques/mignonnes, pour ne pas passer pour le space-opéra bourrin qu’il n’est et ne prétend jamais être.

Là où le film prend un envol majestueux, c’est d’ailleurs lors de ses séquences de batailles spatiales, se  transformant en space-opera gigantique sur fond d’intrigues aussi intimistes qu’elles écrasent de par leur ampleur (C’est le destin de la Terre, point zéro de l’Univers, et par  extension, de ce dernier, qui sont en jeu, conférant au film un discours émouvant sur l’extinction des peuples, le sacrifice et le sens du devoir). Le découpage, très « film live », d’Albator prend alors tout son sens et le tempo intelligemment mis en place tout du long par Shinji Aramaki trouve son point d’orgue.

Avec ses plans gracieux et écrasants et ses tirs de rayons rectilignes illuminant l’espace, les affrontements spatiaux prennent des airs de ballets gracieux où seul le sens de la stratégie militaire est récompensé. A ce titre, l’intelligence de ces séquences est notable, renforçant d’une manière évidente le lien entre Albator et son vaisseau fantôme, l’Arcadia, à travers de beaux mouvements de caméras similaires à une danse et au cours de laquelle le vaisseau devient le prolongement physique du mythique corsaire. Par opposition, c’est le personnage de l’Amiral Esra qui dirige de manière uniforme et clinique son armada de vaisseaux face à au capitaine de l’Arcadia. Plus que la bataille à grande échelle qui se profile comme un ballet d’étoiles meutrières, c’est le choc de deux guerriers diminués par la vie, l’un physiquement, l’autre psychiquement. Albator transpire cet intimisme  quasi constant vis-à-vis de ses personnages, jusque dans sa scène d’action finale, faisant enfin sortir le fameux corsaire de l’ombre le temps d’une danse guerrière jubilatoire.

Le traitement du motif du mythe à travers le personnage d’Albator est ici parfait. Il y a cette recherche constante de l’iconisation de l’anti-héros, que ce soit au niveau des cadrages, des superbes jeux de lumière, des effets de ralenti ou encore des poses choisies. L’ombre de la légende que représente le capitaine corsaire dépasse l’homme, en faisant une figure immortelle à l’image du Batman de la trilogie de Nolan, et plus précisement de sa représentation telle qu’elle est abordée dans TDKR. Et lorsque le jeune Yama, dont le destin sembler fusionner avec celui du vaisseau lorsqu’il y pose les pieds, prend finalement la barre de l’Arcadia (Dont l’existence même renvoie à la ville de Gotham pour Batman), c’est une nouvelle page du mythe qui se dessine à l’horizon. Avec sa noblesse quasi-monolithique, ses idées de mise en scène (L’affrontement entre Yama et Esra en Zéro-G), sa bande originale bancale mais puissante et sa beauté visuelle renversante, le nouvel Albator est bel et bien la passation de pouvoir que l’on était en droit d’attendre, et un renouveau qui laisse une belle perspective sur l’avenir, une porte vers les étoiles.

Albator idéaliste, Albator rebelle, Albator héroïque.

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Une réponse à “Albator, corsaire de l’espace (Shinki Arakami ; 2013)

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